NGAP infirmier : cotations, tarifs et actes remboursés

Chaque acte réalisé par un infirmier libéral repose sur un système de cotation précis, défini par la Nomenclature Générale des Actes Professionnels — la NGAP. Sans maîtriser ce document, impossible de facturer correctement, ni d’être remboursé à hauteur de ce qui est réellement dû. Et pourtant, beaucoup d’infirmiers diplômés d’État libéraux (IDEL) abordent leur installation sans en avoir exploré les subtilités.

La NGAP n’est pas un texte figé : elle évolue régulièrement, avec des revalorisations tarifaires, de nouvelles dispositions générales, des actes ajoutés ou modifiés. Comprendre sa structure, ses lettres-clés et ses logiques de cotation, c’est la base pour exercer sereinement — et éviter les redressements lors d’un contrôle Assurance Maladie.

Qu’est-ce que la NGAP et à quoi sert-elle ?

Un texte réglementaire au cœur de la facturation

La Nomenclature Générale des Actes Professionnels est le référentiel qui liste l’ensemble des actes médicaux et paramédicaux remboursables par l’Assurance Maladie. Pour les infirmiers, elle occupe le titre XVI — une section dédiée qui détaille acte par acte ce que peut pratiquer un IDEL dans le cadre conventionnel.

Chaque acte y est codifié par une lettre-clé associée à un coefficient. Le tarif final se calcule en multipliant ce coefficient par la valeur monétaire de la lettre-clé. Simple en apparence, mais la réalité du terrain l’est moins : certains actes se cumulent, d’autres s’excluent mutuellement, et les majorations s’appliquent selon des règles bien précises.

XVI

Titre de la NGAP dédié aux actes infirmiers

Les deux lettres-clés principales pour les infirmiers

Dans la pratique quotidienne d’un IDEL, deux lettres-clés reviennent en permanence :

  • AMI (Acte Médico-Infirmier) : couvre les actes techniques comme les injections, les perfusions, les soins de plaies ou les prises de sang.
  • BSI (Bilan de Soins Infirmiers) : introduit en 2020, il remplace l’ancienne cotation AIS pour les patients en soins lourds ou complexes à domicile. Le BSI repose sur une évaluation de la charge de soin selon plusieurs niveaux (BSI 1 à 5).

La valeur de l’AMI a été revalorisée à plusieurs reprises ces dernières années. Au moment de la rédaction, 1 AMI vaut 3,15 euros — une donnée à vérifier sur Ameli.fr avant toute facturation, car des ajustements tarifaires interviennent périodiquement dans le cadre des négociations conventionnelles.

💡 Notre conseil

Consultez régulièrement la section infirmiers du site Ameli.fr pour suivre les évolutions tarifaires. Les revalorisations s’appliquent parfois rétroactivement sur les actes déjà facturés — savoir les repérer peut corriger des sous-facturations.

La cotation des actes infirmiers en pratique

Comment coter un acte standard ?

Prenons un exemple concret : une injection sous-cutanée réalisée seule. Elle se cote AMI 1, soit 3,15 euros. Si l’infirmier se déplace au domicile du patient, des indemnités kilométriques et de déplacement s’ajoutent — elles ne dépendent pas directement de la NGAP mais de la convention nationale.

Pour les soins complexes, la cotation grimpe. Un pansement lourd et astreignant peut atteindre AMI 4 selon les dispositions générales du titre XVI. La difficulté : identifier précisément dans quel cas de figure on se trouve. La NGAP décrit les conditions, mais leur interprétation fait régulièrement débat entre infirmiers et caisses primaires.

« La cotation n’est pas une opinion : c’est une lecture rigoureuse d’un texte réglementaire. Un acte mal coté — en dessous ou au-dessus — engage la responsabilité de l’infirmier. »

— Principe rappelé lors des contrôles CPAM

Le BSI : une révolution pour les soins lourds

Avant 2020, les soins infirmiers de nursing étaient cotés en AIS (Acte Infirmier de Soins), une cotation jugée insuffisante par la profession. Le BSI a changé la donne. Il évalue la charge de soin globale du patient sur cinq niveaux :

  • BSI 1 : charge minimale, soins simples et peu fréquents
  • BSI 2 : charge légère
  • BSI 3 : charge modérée
  • BSI 4 : charge importante
  • BSI 5 : charge maximale, patient très dépendant

Chaque niveau correspond à un nombre de passages quotidiens autorisés et à une valeur de remboursement spécifique. Le BSI implique une évaluation initiale documentée, renouvelée tous les trois mois, et transmise à la caisse. Ce formalisme rebute parfois — mais il protège aussi l’infirmier en cas de contrôle.

✅ À retenir

Le BSI n’est pas cumulable avec les AMI sur la même séance, sauf exceptions précisément listées dans la NGAP. Facturer les deux sans base réglementaire, c’est s’exposer à un refus de remboursement et potentiellement à un indu.

Les majorations et indemnités : ne pas les négliger

Majorations liées aux conditions d’exercice

La NGAP prévoit plusieurs types de majorations que l’infirmier peut appliquer selon les circonstances :

  • Majoration de nuit (MN) : pour les actes réalisés entre 20h et 23h59, et entre 5h et 8h
  • Majoration de dimanche et jour férié (MF) : applicable les dimanches et jours fériés
  • Majoration de nuit profonde (MNP) : pour les actes entre 0h et 4h59
  • Majoration pour actes urgents (MAU) : dans certaines situations d’urgence définies

Ces majorations ont des valeurs fixes en euros, indépendantes du coefficient de l’acte principal. Les oublier systématiquement, c’est perdre plusieurs centaines d’euros par mois sur une patientèle active.

Indemnités de déplacement

Le trajet domicile-patient génère deux types de frais distincts : les indemnités kilométriques (IK) et les indemnités forfaitaires de déplacement (IFD). Les règles d’application — zone urbaine ou rurale, plaine ou montagne — figurent dans la convention nationale et non dans la NGAP elle-même. Les deux textes sont complémentaires et doivent être lus ensemble pour facturer correctement un déplacement.

⚠️ À garder en tête

Appliquer une majoration sans que les conditions réglementaires soient remplies constitue une facturation abusive. L’Assurance Maladie peut réclamer le remboursement des sommes indûment perçues, avec intérêts, jusqu’à trois ans en arrière.

Où trouver la NGAP et comment rester à jour ?

Les sources officielles à consulter

La NGAP est un texte public, consultable gratuitement. Plusieurs canaux permettent d’y accéder :

  • Le site Ameli.fr (espace professionnels de santé) met à disposition la version consolidée en vigueur, avec les dernières mises à jour tarifaires
  • Le Journal Officiel publie chaque arrêté modificatif — utile pour suivre les évolutions à la source
  • Les syndicats infirmiers (FNI, Sniil, Convergence Infirmière) proposent souvent des synthèses pédagogiques sur les nouvelles cotations

Pour tout ce qui touche à votre identité professionnelle et à votre numéro d’identification, l’article Trouver le numéro RPPS d’un infirmier : méthodes et outils vous explique comment retrouver ou vérifier ce numéro, indispensable pour vos feuilles de soins électroniques.

Intégrer la NGAP dans sa pratique quotidienne

Connaître la NGAP sur le bout des doigts, c’est bien. La maîtriser dans le feu de l’action, c’est une autre histoire. La plupart des logiciels métier IDEL (Albus, Winphi, Galaxy, etc.) intègrent directement les codes actes et proposent des mises à jour automatiques lors des revalorisations. Malgré tout, le logiciel ne remplace pas le jugement : c’est l’infirmier qui décide de la cotation, pas l’outil.

1
Identifier l’acte
Repérer l’intitulé exact dans le titre XVI de la NGAP avant de coter.
2
Vérifier les conditions de cumul
Certains actes ne se cumulent pas entre eux ou avec le BSI — les dispositions générales le précisent.
3
Appliquer les majorations pertinentes
Nuit, dimanche, urgence : vérifier si les conditions horaires et cliniques sont réunies.
4
Transmettre en FSE
La feuille de soins électronique doit reprendre les codes exacts — toute erreur peut entraîner un rejet automatique de la caisse.

Pour une vision plus large des enjeux liés à l’exercice infirmier au quotidien, le site Santé au quotidien propose des ressources pratiques sur la vie professionnelle des soignants, du numérique en santé aux évolutions réglementaires.

Les évolutions récentes et à venir de la NGAP infirmier

Les revalorisations des dernières années

La revalorisation de la valeur de l’AMI est au centre des négociations entre les syndicats infirmiers et l’Assurance Maladie depuis plusieurs années. Entre 2021 et 2025, plusieurs hausses successives ont porté la valeur de l’AMI de 3,15 euros à des niveaux légèrement supérieurs selon les actes et les contextes. Ces évolutions s’accompagnent souvent de nouvelles conditions d’application, ou de la création d’actes spécifiques absents de la nomenclature précédente.

Le BSI, lui, continue d’être ajusté. Des groupes de travail entre professionnels et Assurance Maladie planchent régulièrement sur la grille d’évaluation, jugée trop lourde à remplir par certains IDEL en zone rurale qui cumulent des tournées de 25 à 30 patients.

Ce que les infirmiers attendent pour 2026

Les négociations conventionnelles ouvertes en 2025 portent sur plusieurs points structurants : la revalorisation globale des actes techniques, la simplification du BSI pour les patients en soins continus, et l’intégration de nouveaux actes liés aux compétences élargies des infirmiers (vaccination, renouvellement d’ordonnances). Des avancées concrètes sont attendues pour 2026, mais les délais de publication des avenants conventionnels rendent tout pronostic incertain.

📋 Cotation 📌 Usage principal 💶 Valeur indicative
AMI 1 Injection simple, acte technique de base 3,15 €
AMI 4 Pansement lourd et astreignant 12,60 €
BSI 1 à 5 Soins nursing complexes à domicile Variable selon niveau
MN Majoration de nuit (20h-8h) Forfait fixe

La NGAP infirmier reste un texte vivant — et exigeant. Sa maîtrise conditionne directement le niveau de rémunération d’un IDEL, sa conformité aux règles de l’Assurance Maladie, et sa capacité à défendre ses pratiques lors d’un contrôle. La lire une fois à l’installation ne suffit pas : il faut la relire à chaque revalorisation, à chaque changement de patientèle, et à chaque doute sur une situation clinique particulière.