NGAP kiné : comprendre la nomenclature des actes de kinésithérapie

Chaque acte de kinésithérapie facturé à l’Assurance Maladie repose sur un document de référence : la NGAP, pour Nomenclature Générale des Actes Professionnels. Un sigle peu glamour, mais qui conditionne directement ce que touche un kiné en fin de mois — et ce que rembourse la Sécu à un patient. Mal coter un acte, c’est perdre de l’argent ou s’exposer à un contrôle. Bien comprendre la NGAP, c’est travailler sereinement.

La NGAP kiné a une histoire mouvementée. Créée dans les années 1960, modifiée par vagues successives, elle reste aujourd’hui le référentiel officiel de la kinésithérapie libérale en France, même si une réforme vers la CCAM (Classification Commune des Actes Médicaux) est dans les tuyaux depuis… très longtemps. En attendant, le système AMK tient bon.

Ce que contient la NGAP kiné

La lettre-clé AMK et sa valeur

La NGAP kiné repose sur un principe simple : chaque acte de rééducation se traduit par un coefficient multiplié par une lettre-clé. Pour les kinésithérapeutes, cette lettre-clé s’appelle AMK (Acte de Masso-Kinésithérapie). Sa valeur unitaire est fixée par convention entre les syndicats de kinés et l’Assurance Maladie.

Depuis le 1er novembre 2023, la valeur de l’AMK est fixée à 0,61 €. Un acte coté AMK 7 vaut donc 4,27 €. Cela paraît modeste — et ça l’est — mais la plupart des séances combinent plusieurs actes ou bénéficient de majorations qui font monter la note.

💡 Notre conseil

Gardez toujours sous la main la valeur AMK en vigueur. Elle change à chaque nouvelle convention, et facturer avec une valeur périmée génère des rejets ou des indus à rembourser lors des contrôles de l’Assurance Maladie.

La structure des actes dans la nomenclature

La NGAP n’est pas un simple tarif. C’est un document structuré en titres et chapitres qui décrit précisément les conditions d’exécution de chaque acte. Pour la kinésithérapie, les actes sont regroupés autour de quelques grandes catégories :

  • Actes de rééducation et de réadaptation fonctionnelle
  • Actes de rééducation respiratoire (dont la kinésithérapie respiratoire pédiatrique)
  • Bilans kinésithérapiques (AMK 7 ou AMK 14 selon le contexte)
  • Actes de rééducation neurologique et orthopédique
  • Drainage lymphatique manuel

Chaque acte précise le coefficient, mais aussi les conditions de cumul (peut-on facturer deux actes le même jour ?), les majorations applicables, et parfois les pathologies ou diagnostics qui ouvrent droit à l’acte.

0,61 €

valeur de l’AMK depuis le 1er novembre 2023

⚠️ Les pièges de la cotation NGAP

Les fenêtres de soins et leurs contraintes

Une des notions les plus redoutées dans la pratique quotidienne : la fenêtre de soins. La NGAP prévoit, pour certaines pathologies, un nombre maximal de séances remboursées sur une période donnée. Dépasser ce plafond sans prescription médicale renouvelée, c’est facturer dans le vide — ou pire, générer un indu.

La fenêtre est particulièrement stricte pour certaines affections. Exemple concret : la rééducation post-entorse de cheville bénéficie d’un forfait de 10 séances maximum sur prescription initiale. Pour aller au-delà, le médecin doit rédiger une nouvelle ordonnance après bilan du kiné. Ce mécanisme vise à éviter les soins injustifiés — mais il génère beaucoup de friction administrative dans les cabinets.

⚠️ À garder en tête

Certaines pathologies relevant d’une affection de longue durée (ALD) ou d’une maladie chronique ouvrent des droits élargis. Mais même dans ce cas, la prescription doit mentionner explicitement l’indication. Un acte sans lien avec la pathologie prescrite peut être rejeté lors d’un contrôle CPAM.

Les règles de cumul et de facturation

La NGAP interdit certains cumuls d’actes sur une même séance. Deux actes de bilan ne peuvent pas être facturés le même jour. Un acte de rééducation et un drainage lymphatique peuvent, sous conditions, être cotés ensemble — mais la règle varie selon les textes applicables.

La pratique montre que beaucoup d’erreurs de cotation viennent d’une lecture trop rapide de ces règles. Les logiciels de gestion de cabinet (Kiné+, PrimaSanté, Doctolib Pratique…) intègrent des alertes de cumul, mais ils ne remplacent pas une connaissance directe du texte de la nomenclature.

🟢 Cumul autorisé 🔴 Cumul interdit
Rééducation fonctionnelle + bilan initial (1er acte du patient)

Drainage lymphatique + rééducation (sous conditions)

Majoration nuit/dimanche + tout acte

Deux bilans kinésithérapiques le même jour

Deux séances de rééducation complète facturées séparément sur la même journée

Majoration enfant + majoration urgence (double majoration)

NGAP kiné vs CCAM : où en est la réforme ?

La CCAM devait remplacer la NGAP pour toutes les professions de santé. Les médecins ont basculé dessus en 2005. Les kinésithérapeutes… attendent encore. La profession est coincée dans un entre-deux : une nomenclature vieillissante qui ne décrit pas toujours finement la réalité des soins actuels, et une réforme dont chaque délai annoncé glisse de quelques années supplémentaires.

La principale critique faite à la NGAP kiné, c’est son manque de granularité. Un AMK 9 peut recouvrir des situations très différentes en termes de complexité et de temps passé. La CCAM promettait une description plus précise des actes — et donc une valorisation plus juste. Les syndicats de kinésithérapeutes, notamment la FFMKR et le SNMKR, ont négocié des revalorisations ponctuelles plutôt qu’une refonte globale.

« La NGAP kiné a 60 ans. Elle a été réformée par ajouts successifs sans jamais être repensée de fond en comble. C’est comme rafistoler un appartement des années 1960 plutôt que de reconstruire. »

— Analyse syndicale FFMKR, rapport annuel 2022

Pour les professionnels qui souhaitent suivre l’évolution du cadre réglementaire de leur activité, la rubrique Santé au quotidien propose régulièrement des mises à jour sur les changements tarifaires et conventionnels qui impactent la pratique libérale.

🎯 Bien utiliser la NGAP au quotidien

Les outils pour coter sans se tromper

Mémoriser l’intégralité de la NGAP est inutile — et personne ne le fait. Ce qui compte, c’est de savoir où chercher rapidement l’information juste. Plusieurs ressources sont utiles :

  • Le texte officiel de la NGAP, disponible sur le site de l’Assurance Maladie (Ameli.fr), mis à jour après chaque avenant conventionnel
  • Les simulateurs de cotation en ligne, qui permettent de calculer rapidement le montant d’un acte selon son coefficient et les majorations applicables
  • Les lettres réseau de la CPAM, envoyées aux professionnels lors de chaque modification tarifaire
  • Les formations continues proposées par les syndicats, souvent sous forme de webinaires dédiés à la facturation

Le numéro RPPS est une autre brique administrative que tout kiné libéral doit maîtriser. Si vous n’êtes pas sûr de son utilité exacte ou de la marche à suivre pour l’obtenir, l’article Numéro RPPS kiné : à quoi sert-il et comment l’obtenir ? répond aux questions pratiques que se posent les nouveaux installés.

Les majorations à ne pas oublier

La cotation de base (coefficient × valeur AMK) ne représente pas toujours le tarif final. La NGAP prévoit plusieurs majorations qui s’ajoutent à l’acte principal :

1
Majoration pour actes effectués la nuit ou le dimanche
Un coefficient supplémentaire s’applique pour les soins réalisés entre 20h et 8h ou le dimanche et jours fériés. Peu fréquent en libéral ambulatoire, mais courant pour les kinés intervenant en établissement sous régime libéral.
2
Majoration pour enfant de moins de 5 ans
Les actes de rééducation chez le nourrisson et le jeune enfant bénéficient d’une majoration spécifique, reconnaissant la complexité technique de la prise en charge pédiatrique.
3
Indemnité de déplacement (IK)
En cas de soins à domicile, une indemnité kilométrique s’ajoute à l’acte. Son montant dépend de la zone géographique (montagne, plaine) et du nombre de kilomètres parcourus. C’est souvent là que les kinés à domicile perdent le plus d’argent par manque de rigueur dans la déclaration.

✅ À retenir

La NGAP kiné repose sur la lettre-clé AMK (0,61 € depuis novembre 2023), des coefficients par acte, des règles de cumul strictes et des fenêtres de soins à respecter. Maîtriser ces trois niveaux de lecture évite la grande majorité des erreurs de facturation — et des indus à rembourser.

La NGAP kiné n’est ni simple ni intuitive. Mais c’est le cadre dans lequel travaillent plus de 90 000 kinésithérapeutes libéraux en France. La comprendre, c’est gagner du temps à chaque ordonnance reçue, éviter les rejets de facturation et — accessoirement — mieux expliquer aux patients pourquoi leur séance coûte ce qu’elle coûte. Un investissement qui se rentabilise vite.